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Un ocean

La porte grinçait à son ouverture et je passais la tête pour voir à l’intérieur. J’hésitais à entrer, cependant, c’était chez moi. Au moins, cela avait été mon “chez moi” pour une période donnée. Je posais mon sac à main au pied de la porte, sur le sol poussiereux, et mon parapluie glissa sous mes pieds. Je restais clouée.

Les murs appauvris par le temps me semblaient vibrer comme un coeur. Ses fissures profondes essayaient de rendre vie aux murs comme des artères en manque de sang.

Le piano était toujours au coin, les fleurs étaient mortes dessus. Les fleurs que j’aimais, elles étaient toujours là, elles n’avaient pas d’odeur, mais elles parlaient. Elles racontaient des souvenirs, elles racontaient des moments vécus et d’autres qui devraient être vécus. Elles racontaient tout, mais je savais déjà toute l’histoire.

J’avançais un peu plus, touchant les murs et palpant les battements du passé, j’avançais vers ta fenêtre préférée, ouvrant ses portes sur l’ocean. Je me tenais à son rebord, juste comme toi, auparavant. Je souris. Tu aimais tellement l’ocean que tu es devenu un. Profond, sombre, loin, en apparence magique, à l’intérieur foudroyant. On s’y noie facilement, tu sais, et on n’y revient presque jamais. Pas de littoral, pas d’ancre, on se perd dans les flots.

Je ne me sens plus chez moi, je suis déboussolée et tout ce qui m’étais familier s’ecroule devant mes yeux. J’en avait assez, je m’apprêtais à partir, les murs bourdonnaient encore plus dans mes oreilles. Les artères du mur ne trouvaient plus de sang.

Je pressais le pas, “chez moi” m’étouffait. La porte était à quelques pas. Quand soudain les ailes de la fenêtre claquèrent. Je me retournais, terrifiée, ton fantôme était là, un fantôme de souvenirs et de pensées me fixais.

L’intensité du moment me depassait, je fermais les yeux. Je ressentis soudain de l’eau à mes pieds, comme des petites vagues à ma rencontre. Ton ocean était venu m’entrainer encore plus loin, il voulait que je m’eloigne encore plus… et je m’eloignais encore plus, et je refermais la fenêtre de l’ocean, et j’écoutais pour la dernière fois le battement des murs et les notes de musique d’un piano qui encourageaient mes fleurs à revivre, et qui lui offraient une nouvelle melodie pour recommencer à vivre.

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