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Les feuilles d’automne

Au bord de ma fenêtre, j’observais les premiers rayons de soleil qui parvenaient de derrière la colline. Un bouquin à la main, une tasse de thé à mes côtés, je lisais pour la 2ème fois mon roman préféré. L’automne approchait, les feuilles des arbres avaient peur. La fin les attendait, toutes jaunes, elles s’écraseront au sol, et l’arbre les remplacera le printemps prochain pour s’embellir.

Elles avaient raison d’avoir peur. Elles allaient se faire remplacer. Non seulement cela, mais elles vont se faire oublier, sans aucune marque, sans aucun souvenir, elles vont s’effacer, comme lorsque le vent nettoie les rues de leurs poussières.

Parfois, nous sommes comme les feuilles d’automne. On se fait oublier, on se fait remplacer, on ne peut plus embellir notre arbre car il a besoin d’autres feuilles. Dès fois même on se fait écraser, non pas par des bottes mais par des sentiments qui jaillissent plus lourds qu’une montagne. On se fait emporter, non pas par le vent, mais par les décisions inchangeables de la vie.

Je portais ma tasse de thé à mes lèvres, et je me demandais à quoi ressemblerait une feuille heureuse, à quoi nous ressemblerons si nous étions heureux. Je fermais mon livre, c’était à moi d’imaginer maintenant.

Je réfléchissais un instant et je savais ce qui nous manquait, nous les feuilles, nous les Hommes. On manque de continuité. On s’attache trop à notre branche, que l’on finit le plus souvent par oublier que rien ne persiste. On oublie que la vie ne nous offre pas son temps infini, on oublie que le vent peut nous décrocher lorsqu’il le souhaite.

Nous sommes des feuilles bien plus fragiles que celles qui tombent en automne. Nous, nous connaissons aucune saison, aucune date pour tomber. À chaque instant, on peut basculer. On peut basculer de la vie, on peut basculer même de quelqu’un.

On perd de continuité. On perd le bonheur. On se remet à rechercher ce que l’on croit avoir possédé.

J’enfilais mes bottes, je devais partir. Je voulais ramasser les feuilles jaunes avant que le vent ne les éparpille. Sur ces feuilles là, j’allais écrire. Je voulais leur donner vie, je voulais me rendre la vie. Je voulais ancrer ma continuité dans ces feuilles jaunes d’automne. Je ne laisserais pas le vent nous emporter cette fois.

En fin de compte, je me moque que je ne sois pas  Victor Hugo, Baudelaire, ou Gibran khalil Gibran, je voudrais seulement être ton livre préféré sur ta table de chevet. Un livre qui sera irremplaçable, une histoire sans fin. Même si ce livre n’est qu’un tas de feuilles fragiles, même si son auteur n’est que moi. Je voudrais seulement être ton livre préféré sur ta table de chevet.

 

 

 

 

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7 thoughts on “Les feuilles d’automne

  1. Joe says:

    Je suis épatée et conquise par ce texte.
    Épatée parce qu’il indique une triste maturité chez toi que je partage par endroits. Conquise par cette nouvelle espèce humaine les feuilles à qui on peut s’identifier ou qui s’identifie à nous. Je ne changerai rien Nada. 💕

    Liked by 1 person

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