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Le petit nuage

Mes pas résonnaient le long du couloir obscur. Seules quelques lumières de l’éxterieur illuminaient le château. Ce majestueux endroit était desert et j’étais venue ce soir pour récupérer quelque chose.

Les escaliers en spirale semblaient interminables. J’étais préssée. Je devais retrouver cet objet le plus tôt possible. Mes pieds se disputaient les marches. Autour de moi, des tableaux, des photos et des bougies. Un parfum de rose était maître du château mais personne n’habitait ici depuis des siècles. J’essayais d’ouvrir les portes, toutes étaient férmées à clés.

Je courais d’un étage à l’autre, ma robe valsant, mes pieds nus faisant trembler le tapis rouge sous mes pieds. Tout le monde avait peur de ce majestueux domaine, on disait qu’il était hanté. On disait qu’il existait un petit bocal qui renfermait un nuage. Ici, dans ce château. Ce nuage délivrait le secret du futur, il t’emportait pour quelques secondes dans le nuage de ta vie. On disait que rien n’était plus intense, rien n’était aussi effrayant. C’était ce bocal là que je cherchais avant que la nuit ne s’achève.

Une porte grinçait, un vent emportait ma robe. Je me tournais. Une porte venait de s’ouvrir derrière moi, cette porte menait à la grande tour. Je pris ce chemin avant que le château ne change son avis et ne referme sa porte à mon nez.

Soudain, je me retrouvais en plein air, sur la plus haute tour délivrant à mes pieds toute la ville. Le vent n’était plus aussi violent et le parfum de rose m’avait suivi jusqu’à l’exterieur. Il y a avait un objet au bord. Un bocal en cristal se présentait près de moi, et à l’intérieur, un petit nuage blanc. Je souris. Je m’approchais pour le toucher… La porte de la tour claqua derrière moi et le nuage s’assombrit dans le bocal jusqu’à se confondre avec l’obscurité de la nuit.

Dans quelques secondes j’étais emportée, le film de ma vie passait sous mes yeux, vite et lent, sans dimension de temps, les émotions se disputant les rôles, les évènements l’un après l’autre, les visages aussi, certains familiers et d’autres pas. Je recherchais quelque chose, je recherchais une réponse, je détaillais les visages… mais je n’avais que quelques secondes… et elles étaient terminées.

J’ouvris les yeux sur la ville. J’étais toujours sur la tour et le petit nuage était redevenu blanc. Je remarquais que j’avais pleuré et que mes joues étaient toujours humides. Je savais pourquoi. Je m’approchais du bocal lentement et le pris dans mes mains. Je savais maintenant pourquoi les gens fuyaient ce château. Ils avaient peur de ne pas voir ce qu’ils éspéraient. Ils avaient peur de ne pas être à la hauteur d’un future qu’ils ne pourront pas changer.

J’ouvrais le bocal et en sortit le nuage. Je le caressais calmement avec ma paume. Je l’observais de mes yeux lourds, sans rancune. Je l’observais comme si j’avais mis au monde ce petit bout de ciel. Il changea encore une fois. Cette fois-ci, il ne devint pas noir. Mais il se transforma en un bout de ma vie, c’était ce dont je voulais voir dans mon futur depuis le début. “C’est cela que tu veux?”. J’ouvris grand mes yeux. Je tremblais. Je fis oui de la tête. J’avais peur.

“J’ai accueilli tant de personnes ici chez moi me dis le nuage. Tous avaient vu comme toi le film de leur vie. Aucun n’a pu revivre normalement. Ils ont brisé mon bocal à plusieurs reprises, ils m’ont écrasé. Certains m’ont maudit, tu sais, j’entends leurs cris chaque soir.

Toi, je sais ce que tu veux. Je sais pourquoi tu pleures. Mais je ne sais pas pourquoi tu m’as pris dans tes bras. Tu as continué à voir en moi le petit nuage blanc malgré la noirceur dont je suis capable de créer, tu as choisi de me caresser au lieu de me démolir, tu as choisi de m’aimer au lieu de me haïr et surtout tu as voulu y croire encore malgré toutes les évidences que j’ai pu apporter.”

Je lui souris. Je m’approchais du bord, le nuage toujours entre mes mains, et je le libérais dans le ciel.

“Je porterais tes voeux à la galaxie, je porterais cette image de ton futur au creux de l’univers. Je dessinerais le visage que tu voudras, les souvenirs que tu accumuleras, je me battrais pour les rêves que tu souhaiteras. Car un coeur qui sait aimer malgré tout, est un coeur qui mérite que l’univers travaille dur pour lui offrir la joie, c’est un coeur rare qui mérite que l’univers change son parcours pour le rendre heureux.”

 

 

 

 

 

 

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