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Shine

J’attendais dans le café “Shine” au coin de la rue. Je m’étais trouvé une place à la fenêtre et je l’attendais. Rien de mieux qu’un chocolat chaud et un muffin pour commencer la journée.

De mon repère, je voyais les SDF s’alignant sur les trottoirs. “Aidez-moi s’il vous plait” était écrit sur une pancarte, “j’ai faim” sur une autre.  Un d’entre eux avait un chien de compagnie pour attirer la pitié des gens. Quel drôle de monde…

Les passants pressaient le pas pour arriver à temps à leurs boulots, des collégiens marchaient côte à côte, les yeux rivés sur leurs écrans. Aucune parole entre eux, chacun souriait seul, virtuellement.

Il était 8h30 environ, elle devait arriver à n’omporte quel instant. Je lui avais envoyé un texto pour la prévenir de mon arrivée au café. Elle n’avait toujours pas répondu. En fait, j’étais surpris du fait qu’elle ait accepté de me voir surtout après la dernière fois. Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne le méritais pas.

Le monde était injuste et je le savais. Car, en fait, tout au fond de moi, je savais que je contribuais à cette injustice à ma façon.

La pluie commençait à s’acharner, les SDF se réfugiaient dans les stations de métros. Les passants disparaissaient dans les taxis et moi, je l’attendais dérrière la vitre humide.

Mon chocolat chaud n’était plus aussi chaud et j’avais déjà entamé la moitié de mon muffin. Elle n’était toujours pas venue…

Je lui envoyai un autre texto. Toujours rien de sa part.

Les aiguilles de ma montre se posaient sur le 10, mon muffin avait disparu, mon chocolat était devenu glacial. Je décidais donc de partir. Elle ne voulait pas venir, elle ne voulait pas me voir.

Si elle savait, si je lui avais fait savoir… L’injustice à qui je contribuais à ma façon aujourd’hui, m’avait un de ces jours condamné à sa façon, elle même. Cela n’expliquait pas mon comportement, mais si seulement elle le savait.

Je poussai la porte du café, m’apprêtai à ouvrir mon parapluie, lorsqu’une silhouette se figea devant moi.Les cheveux mouillés par la pluie, les yeux humides, le teint lumineux malgré la pâleur de ce jour… Elle était à la porte de “Shine”.

Elle savait que j’étais comme un SDF à la recherche d’un abri, que j’étais un passant courant sur les trottoirs de la métropole. Ce qu’elle ne savait pas, c’était qu’elle était la rue et sa vie, et que j’étais le petit café qui y habitait.

Ses yeux disaient qu’elle était aussi à la recherche d’un abri lors des jours de pluie. Je ne lui avais jamais dit que je pouvais l’être. C’était ce genre d’injustice que je causais.

Elle le saura peut- être un jour, peut-être qu’un jour elle le saura.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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