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La grande roue

Petit, déjà tu n’aimais pas la grande roue. Ce manège montait trop haut, il allait parfois vite et tu sentais ton coeur vibrer de peur. Tu étais tout petit à côté de ce jeu, lui qui tournait majestueusement et toi en bas, la tête levée vers lui.

Aujourd’hui tu y fais un tour parfois.

Parfois quand la vie va trop vite, ou va trop lentement, parfois quand on oublie qu’on a un coeur et qu’on veut l’entendre battre plus fort, parfois lorsqu’on se souvient que tout petit, on ne voulait pas tourner avec la grande roue, mais que maintenant on ne fait que ça, sans même se rendre au parc d’attraction.

La nuit, elle s’allume. Elle clignote. Je la trouve plus belle alors. J’achète toujours une barbe à papa pour la déguster là haut. Un jour, mon cousin m’a dit de ne pas pleurer lorsque la grande roue s’arrête tout en haut, car le monsieur en bas ne la fera descendre que si j’arrêtais. Maintenant je sais que le monsieur n’a rien à foutre de moi, il appuie juste sur sa machine et c’est parti. Je peux pleurer autant que je veux là haut, la grande roue tournera toujours et elle continuera de s’allumer la nuit.

Je l’aime bien en fait la grande roue maintenant. Elle n’est pas méchante. Elle est juste fière de sa hauteur et de sa lumière la nuit. C’est un peu comme la tour Eiffel de chaque parc d’attraction. Il faut juste l’admirer, il faut juste la comprendre.

J’y fais un tour souvent, toujours seule. Seule avec ma barbe à papa. J’essaie d’y aller la nuit pour pouvoir mieux observer les étoiles. Et je me surprends parfois de prier un tout petit peu pour que le monsieur oublie d’appuyer sur le bouton pour nous faire descendre. Juste le temps que je finisse de compter les étoiles.

A deux c’est meilleur. A plusieurs, oui pourquoi pas. Il faut juste savoir avec qui faire le tour. Il faut juste savoir avec qui partager sa barbe à papa. Peut être alors que je ferais plus qu’un tour si j’étais accompagnée, peut être que j’y reviendrais encore plus souvent. C’est important de savoir avec qui faire un tour de manège, surtout la grande roue. Et c’est plus important de savoir avec qui partager sa barbe à papa.

C’est important d’avoir une image claire de ce que l’on veut:

“Ce soir je veux aller au parc d’attraction. Je veux faire trois fois le tour de la grande roue avec toi, vers 21 heures, lorsque les étoiles seront plus lumineuses.  En plus de ça, je vais m’acheter une barbe à papa et je ne vais pas pleurer là haut. La grande roue clignotera, tournera et je saurais que je n’avais aucune raison de ne pas l’aimer lorsque j’étais toute petite.”

C’est important de savoir ce que l’on veut dans la vie, mais parfois on peut se laisser surprendre par les émotions et la vie.

En fait, ce soir, j’avais fait sept tours de manège au lieu de trois, et je m’étais achetée deux barbes à papa car toi aussi tu les aimais bien.

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