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Tu as vu?

Tu as vu la ligne orange dans le ciel au coucher du soleil, celle qui est très fine et qui n’apparait pas trop, à moins que tu y prêtes attention?

Tu as vu les petites étoiles, qui ne brillent pas assez, elles sont généralement loin de la lune et que rarement on remarque?

Et dis moi, tu as vu les gouttes d’eau sur les pétales de rose à 4h du matin, celles qui se dissipent quand le soleil nous réchauffe?

Tu as vu le petit oiseau sur ta fenêtre qui te chante chaque matin, mais à qui personne ne tend l’oreille?

Non, tu n’as rien vu.

Je suis la fine ligne orange, les étoiles qui ne brillent pas assez, je ne suis pas proche de la lune et je me dissipe des pétales de roses lorsque le soleil se lève. J’aime chanter, mais je sais que tu ne l’as jamais remarquer. Je suis tout ce qui est difficile d’apprécier.

Et je sais que tu n’as rien vu.

Tu as vu? il faut apprécier ce que l’on a avant de le perdre

Non tu n’as toujours rien vu

Demain, tu te reveilleras, la fine ligne orange ne sera plus là. Les petites étoiles se confonderont avec l’obscurité. Les gouttes d’eau n’attendront plus le soleil et le petit oiseau ira chanter à une autre fenêtre.

 

 

 

 

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Derrière les barreaux

Derrière les barreaux, dans mon uniforme noir et blanc, je faisais les cent pas. Une voix sortit de nulle part m’avait dit que j’avais de la visite et j’attendais cela faisait peut-être deux minutes. Pour moi, c’était comme une étérnité.

J’étais là depuis six mois et je n’avais jamais eu de visite. On m’avait condamné. Une personne m’avait condamnée.

Un moment, et j’entendis des pas résonner dans le couloir, je vis une silhouette s’approcher. Il se fixa devant les barreaux, je le reconnaissais, ça faisait six mois que je ne l’avais plus revu. Il n’y avait ni gendarmes ni autres prisoniers, j’étais la seule ici. La seule enférmée.

Il me regarda, d’un regard que je ne pouvais pas intérpréter. Ou plutôt, que je ne pouvais plus intérpréter. Parce qu’il y avait un moment où je pensais que je savais lire, que je pouvais comprendre mais non. Sinon je ne serais pas là.

Il avait cette allure d’innocence et ce n’était qu’une allure. J’avais une allure de criminelle et ce n’était qu’une allure. Il fallait renverser les deux mondes, il fallait que je sois en libérté et que lui, goûte la vie d’un prisonnier. Mais le monde n’était-il pas déjà à l’envers?

Il ne parla pas. Il s’assit par terre, le dos contre le mur et alluma une cigarette. Je m’assis alors par terre sans dire un mot. Je ne savais pas quoi dire. Il fallait ressentir quelque chose pour dire, et moi je ne ressentais rien.

Un oiseau s’est posé sur ma petite fenêtre, il chantait. Il était tout petit, il était beau, il était libre. Il resta quelques secondes et s’envola à nouveau. Une larme glissait sur ma joue sans le vouloir.

L’autre me fixa de plus près, se leva et écrasa sa cigarette. Et d’un tour de clefs, il ouvrit la portière et s’introduit dans la cellule, il alla s’assoir sur le lit dégoûtant de la prison en laissant la porte ouverte.

J’étais devant la porte, à deux pas de la libérté. Lui, était dérrière moi, me fixant toujours. J’avais peur de m’enfuir, peut-être avait-il une arme? Mais… Allait-il vraiment l’utiliser contre moi? Je ne fis rien, je restais figer entre la libérté et la prison. Entre un couloir vide devant moi et un homme qui portait du passé me fusillant du regard.

D’un geste de tête il me fit signe de sortir. Je ne bougeai pas. Il se leva, s’approcha de moi, et me sortit de la prison calmement, doucement. J’étais dehors, la porte était toujours ouverte, il était dedans.

Il s’enferma derrière les barreaux et me balança les cléfs. Il s’assit par terre, le dos contre le lit dégoûtant de la prison.

“Va-t-en maintenant” me dit-il

Six mois que je n’avais pas entendu cette voix.

“Mais, ne sois pas aussi cruel que moi…Viens me visiter…Une fois ou deux…”

Une larme coulait sur ma joue encore une fois sans le vouloir. Je lui jetta les cléfs et courut jusqu’à la sortie.

Il pouvait sortir, mais sans moi. Il pouvait trouver la libérté, mais pas avec moi.

Et je disparus dans un monde fou où la plupart des gens n’avait pas remarqué mon absence et où la plupart des gens ne remarquerons certainement pas ma présence à nouveau de l’autre côté des barreaux.

 

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Le toi, toujours enfant

Au fond de toi, il y a plusieurs toi. Le plus alarmant? C’est le toi, toujours enfant.

Il existe au fond, il te regarde vivre, grandir, devenir adulte et faire face à la vie. Et lui, il reste, le toi qui est enfant, intouchable, au fond de toi.

Parfois, il a peur et tu dois le réconforter. Il ne savait pas que la vie pouvait être si terrifiante. Il s’accroche à son ours en peluche et il te dit d’une petite voix: “J’ai peur”

Parfois, il est égoiste. Il te veux, à lui tout seul. Il se sent délaissé, tu lui manques. Il te dit: “Passe plus de temps avec moi, joue avec moi”

D’autres fois, il a mal, comme toi. Peut-être qu’il ne supporte pas certaines situations vu son jeune âge et peut-être qu’il ne peut pas te voir, toi souffrir, toi qu’il aime le plus au monde.

Souvent, le toi toujours enfant, ne veut pas céder. Il ne connait pas ce que veut dire le mot “impossible” et il te donne la motivation nécéssaire, que toi, adulte, tu sens perdre avec le temps.

Le plus alarmant, c’est lorsque le toi toujours enfant, ne veut plus vivre la vie que tu mènes, donc la vie d’adulte. Il ne l’apprécie pas mais en même temps il ne veut pas te quitter. Il s’accroche alors, avec toute son innocence et sa pureté, à une vie qui n’a rien de ces qualités là.

Il s’accroche surtout à toi. Il a choisi de rester avec toi. Et toi, tu dois à ton tour, ne surtout pas le décevoir.

Tu t’attardes plus sur certaines décisions. Tu filtres les gens de ton cercle de vie. Tu te bats avec férocité. Tu retiens ta tristesse. Tu partages beaucoup plus des moments de joie. Tout ça pour lui. Pour le toi, toujours enfant. Pour le petit enfoui tout au fond de toi et qui compte sur toi.

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Un quotidien qui m’échappe

À l’aube.

Une valise à la main. L’air glacial se réfugie dans ma peau. Un taxi jaune arrive, je monte.

À la radio, une chanson, une langue qui m’est inconnue. À la fenêtre, une ville qui se réveille dans mes yeux. Il n’est que 5 heures du matin, les rues sont vides, les révérbères sont allumés et une boulangerie ouvre ses portes.

Lorsque je ne suis pas là, lorsque je suis à l’autre bout du monde, ces rues et ces gens, continuent à vivre. Les gens continuent à s’aimer, les gens continuent à se séparer, mais je ne le ressens pas, je ne le vois pas. Comme si tout cela n’existait pas.

Lorsque je ne suis pas là, lorsque je suis à l’autre bout du monde, tu te lèves chaque matin, tu prends ton café, tu marches dans ces rues-là, tu rencontres des gens. Les soirs, tu sors dans un bar, peut-être celui-là, ou peut-être l’autre. Lorsque je ne suis pas là, tu fais de nouvelles rencontres, tu apprécies certains, d’autres non. Lorsque je ne suis pas là, tu aimes la vie, et parfois non. Lorsque je ne suis pas là, tu vois le soleil d’un autre angle, et la nuit, la lune vient se poser partout où tu regardes.

Lorsque je ne suis pas là, lorsque je suis à l’autre bout du monde, tu écoutes ta musique, tu rêves en cachette, tu déprimes parfois, et parfois tu savoures la vie.

Lorsque je ne suis pas là, la vie continue. Ta vie continue. C’est normal. Et la normalité me tue.

Aujourd’hui je suis là. C’est un jour comme un autre pour cette ville. Pour moi, ce n’est pas le cas. Pour moi, c’est un espoir, c’est une joie de m’introduire dans ce quotidien dont je suis privée d’habitude. Pour moi, c’est savourer un bout de rêve, c’est te voler une partie de ton quotidien. Pour moi, c’est avoir peut-être une chance. Pour moi, c’est casser la normalité.

Quand je partirais à nouveau et lorsque je ne serais pas là, lorsque je serais à l’autre bout du monde, je serais jalouse de ce bout de quotidien que j’ai vécu. Je redeviendrais étrangère à cette ville, je redeviendrais étrangère à ce quotidien et au tien.

J’imaginerais comment les journées passent, comment les nuits se terminent. J’imaginerais un quotidien qui ne m’appartient pas. Je me verrais moi-même m’introduire dans cette ville, comme une voleuse, pour me remémorer de ce parfum, pour me remémorer de ce quotidien qui m’échappe, et du tien.

 

 

 

 

 

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Un labyrinthe de miroir

Un labyrinthe de miroir, une drôle d’idée pour divertir les gens dans un parc d’attraction.

Des dizaines de miroirs déformants t’entourent et tu te faufiles entre eux, tu regardes ta silhouette se déformer, tu rigoles, c’est drôle, surtout quand tu y vas avec des amis.

À la fin de ce labyrinthe, un miroir normal t’attend. Et tu te poses devant, tu ne rigoles plus là. Face à la réalité, ton image qui te fixe, qui te regarde bien dans les yeux, qui découvre des traits qui n’étaient pas avant, des traces de fatigue peut être, des yeux dont il est difficile d’y lire le vrai secret, mais on ressent quelque chose qui a changé, on ne sait pas quand exactement, durant laquelle de ces circonctances, mais on ressent que quelque chose a changé.

C’est juste un miroir, mais c’est le seul dans ce labyrinthe qui te fais penser à qui tu es vraiment. C’est le seul qui te dit: “avant de partir, voilà qui tu es, souviens toi. Tu riais avant, mais là, non “. Tu rentreras chez toi, tu retrouveras ton miroir quotidien, mais tu es tellement pris par la vie, que parfois tu ne t’atardes plus sur ton reflet. Mais là, en te regardant dans un miroir qui n’est pas le tien, tu sais qu’il s’est passé tant de choses, tu sais que ton reflet n’est plus le même.

La personne à l’autre bout du miroir a-t-elle vécu les mêmes choses? Elle me regarde pour me dire que tout ira bien, que tout s’arrangera, elle me fait même un petit sourire que je lui rends.

Je tends la main, elle fait de même. Elle est en détresse et moi aussi, elle veut y croire et moi aussi, elle essaye de sourire et moi aussi. Elle voudrait dire tant de choses, et moi aussi. Elle me regarde comme si elle ne me reconnaissait plus, et moi aussi.

Je m’en vais, je sors de ce labyrinthe. Je rentre chez moi. Mon reflet m’attend. Si je perds dans ce monde, je gagnerais dans l’autre, à l’autre bout du miroir.

“Tout ira pour le mieux dans les deux mondes”, je lui avais chuchoté. Et elle avait sourit pour la première fois, avec, dans ses yeux une étincelle qui vivait là avant et qui s’appellait l’espoir.

 

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Si je pouvais je resterais à jamais ici

Je voyais de mon hublot les lumières de la ville, la mer et le port. Je voyais mon reflet aussi, pas très rassurée mais ravie de voir enfin ma destination.

Je connaissais le nom de certaines rues par coeur, je me débrouillais bien sans connaitre la langue, j’avais encore des choses à découvrir, j’aimais tellement cette ville.

Dès mon arrivée, je prendrais un de ces taxis jaunes pour aller au port. Je trouverais un spot convenable pour me libérer, me laisser emporter par la brise du soir, par l’étrangeté de cet endroit et par son charme.

Je te dirais de me retrouver au port. Tu seras surpris que je sois revenue. Je te dirais de m’attendre au cente ville. Tu me demanderas si je suis vraiment revenue. Je te dirais de me retrouver devant la Cathédrale que tu connais bien. Et là, tu te décideras peut-être à venir et tu me demanderas sûrement pourquoi je suis revenue.

Le taxi jaune pour aller au port est ma priorité cette fois. Tout dégager, s’attendre au meilleur comme au pire. Se vider tant qu’on peut avant d’encaisser à nouveau.

On se rapproche encore plus de la terre, je vois désormais la ville avec plus de détails. Le ciel est plus beau ici, le temps passe plus vite. Les journées semblent avoir un sens, les nuits ont un air plus doux. La vie se passe ici, les espoirs naissent ici et le future se joue ici.

Les roues enfin sur le sol, je m’apaisais un peu.  S’il le fallait je reviendrais des millions de fois et si je pouvais je resterais à jamais ici.

 

 

 

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Reste face à l’océan

Ne fais pas attention, détourne ton visage, regarde de l’autre côté de l’océan, imagine ce qui a l’autre bout, ne regarde pas en arrière, tu auras mal.

Si tu entends une voix, ne te retourne pas, laisse la résonner dans ta tête sans qu’elle puisse atteindre ton âme, laisse la dire ce qu’elle a à dire, entends la, mais ne l’écoute pas trop

Si tu sens une main te tirer, ne te retourne pas, ne te laisse pas emporter par sa force ou même par sa douceur, reste face à l’océan, le bleu des vagues te tendra la main, ne regarde pas en arrière

Si tu sens des yeux posés sur toi, ferme les tiens, respire, échappe toi, ne te retourne pas, ne les regarde pas en face, même pour quelques secondes, cela ne servira à rien

Ne te retourne pas, reste face à l’océan.

Si un jour, cette voix te fera face, tu pourras mieux l’entendre, si cette main décidera de tenir la tienne face à l’océan au lieu de te tirer, tu pourras avancer, si ces yeux fixeront les tiens sans avoir peur de se dévoiler, là tu pourras lire des choses que l’océan lui même ne pourra pas le faire.

D’ici là, reste face à l’océan, sa voix ne te décevra pas, et son bleu t’apaisera avant de t’emporter vers un nouveau coucher de soleil.

 

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