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Sur les toits de la ville

Sur les toits de la ville, je m’asseyais souvent seule. Je n’aimais pas les altitudes mais j’aimais biens les toits de la ville, le soleil qui se couche et les silhouettes qui se faufilaient dans les rues.

Je prenais avec moi un cahier de note et un stylo et j’écrivais ce que je ressentais et non pas ce que je voyais.

Ce que je voyais, c’était simple, une brève description et voilà mais ce que je ressentais de cette vue, voilà un travail compliqué. Les silhouettes disaient certaines choses que peu comprenaient. Je les regardais, comment ils se déplaçaient, où ils venaient et avec qui. Et j’apprenais beaucoup de choses. J’apprenais que certains jours sont jaloux d’autres. Et j’apprenais que nous essayons de vivre dans nos jours préférés même si nous sommes au mileu de nos mauvais jours. Et j’apprenais que cela faisait toujours mal.

Plus le soleil disparaissait, plus les silhouettes devenaient vulnérables, plus elles devenaient humaines. Elles devenaient plus vraies et c’était à cet instant que je pouvais mieux les comprendre.

Certains jours sont jaloux d’autres, c’est vrai. Et nous sommes parfois jaloux de nous même. Nous, qui avons vécu des journées meilleures que celles que nous vivons maintenant.

Malgré cela, je revenais sur les toits à chaque coucher de soleil. Je revenais pour revivre certains jours. Je revenais pour en créer des meilleurs. Je ne réussissais pas toujours mais je revenais sur les toits à chaque coucher de soleil.

Et les silhouettes avec moi essayaient à nouveau, sans qu’elles le sachent, sans le comprendre. Elles se battaient simplement en vivant le jour suivant, en se faufilant dans les rues et en espérant de renaitre à nouveau avec chaque coucher de soleil.

 

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Mes peintures prennent vie

J’aime bien dire à la petite voisine du 3ème que mes peintures prennent vie la nuit. Elles sortent de leurs cadres, elles marchent, elles se faufilent la nuit comme on le fait, nous les humains le jour.

Une fois, elle était venue venir dormir chez moi, pour voir les personnages s’animer la nuit. Je me souviens lorsqu’elle s’était assise à côté de moi, ses genoux sous son menton, ses yeux grands ouverts et de sa petite voix elle m’avait dit: “Dessine quelqu’un que tu connais, comme ça, lorsqu’il s’animera tu pourras lui parler.”

J’aimais bien cette petite. C’était une rêveuse, comme moi. Je commençais donc à peindre. Ses yeux ne quittaient plus ma toile, elle attendait avec patience et admiration. J’évitais de dessiner normalement des personnes, je me contentais de représenter des animaux et des personnages de contes de fées, mais cette nuit là, je dessinais quelqu’un que je connaissais. Je n’avais pas hésité, même pas une seconde.

Je posais finalement mon pinceau et la petite gamine me regardait. Un petit sourire était apparu sur son visage, elle se leva, me pris la main et chuchota: “Allons dormir maintenant, lorsqu’il vient, il nous reveillera.”

“Tu veux dormir? Tu ne veux pas l’attendre? Peut-être qu’il ne va pas nous reveiller…”

Elle s’approcha de moi, je sentis son parfum de miel et je vis de près sa chevelure blonde briller à la lumière des bougies. Elle m’entoura de ses bras puis me regarda dans les yeux.

“Tu le connais plus que moi. Il nous reveillera. Il te reveillera. On laissera les bougies allumées comme ça il pourra mieux voir. Viens, tu es fatiguée, viens allons dormir.”

Cette nuit là, je ne savais pas si j’avais dormi ou pas. Le matin, des traces de mains s’étaient séchées tout le long de mon bras, c’était de la peinture mauve, et la petite était venue sauter sur mon lit, tenant la toile de la veille, aujourd’hui devenue vide, et criant avec joie:

” La toile est vide! Il est ici! Il est ici!”

 

 

 

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Une ville qui ne m’appartenait pas

Je me souviens de cette nuit lorsque j’étais sur ma terrasse dans une ville qui ne m’appartenait pas. La musique dégageait de la rue parallèle, et un homme était mi- assoupi devant sa télé, dans l’immeuble d’en face.

Il me restait deux jours ici, et je ne voulais pas quitter. J’effaçais cette réalité de mon esprit à chaque fois qu’elle jaillissait.

Je me souviens que je venais juste de rentrer, j’étais partie pour boire un verre ce soir là. J’adorais cette ville dans tous ses aspects et surtout la nuit. Elle était rassurante, belle, élégante, elle me promettait de beaux jours, elle me donnait le sourire, elle me rendait saoule sans même boire.

Je me souviens que je ne voulais pas que le temps passe, mais en même temps, je voulais vivre avec hâte la journée qui suivait. Je voulais arrêter le temps, le prolonger et pourquoi pas même le vivre à nouveau.

Je me souviens de la grande place de la cité, d’une cathédrale, des petits cafés et leurs lumières, d’une voix, d’un écho, d’une silhouette qui se retourne.

Les mots échouent parfois à mieux expliquer ce que l’on ressent, mais on essaie tout de même. Comme on essaie de vivre au maximum un moment qui ne reviendra jamais, on essaie de donner au mot un pouvoir qui ne lui appartiendra jamais.

Je me souviens qu’il y avait une lune ce soir là, mais pas d’étoiles. En fait, je n’avais pas vu d’étoiles là bas… Aucune. Je me souviens qu’il faisait bon de respirer, je me souviens que je dormais bien même s’il n’ y avait pas d’étoiles.

Je me souviens de ce cauchemar qui s’était effacé et je vivais une réalité qui me semblait correspondre à ce que devrais être de l’imaginaire.

Je me souviens que j’étais dans une ville qui ne m’appartenait pas, mais à qui j’appartenais sûrement.

Je me souviens que je m’apprêtais à rentrer dormir car mon voisin mi- assoupi avait enfin décider de dire bonne nuit à sa télé.

Je me souviens que j’étais heureuse et que je voulais prolonger cette joie le plus que possible, peut être prolonger cette joie pour une étérnité, avec des lumières, des échos, une silhouette qui se retourne et qui me revient.

 

 

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Une prière

Je ferme les yeux, je répète les mêmes paroles. Accroupie, une bougie dans la pénombre, une image qui me fixe et le vent qui fait trembler la fenêtre en bois.

Une prière est la plus sincère preuve d’amour et d’humanité. Lorsqu’on ne peut plus aider ceux qu’on aime, lorsqu’on ne peut plus s’aider soi-même, on sait qu’une prière pourrait tout changer.

Je regarde l’image, je m’attends à ce qu’elle me parle, bouge, me fait un signe… je ne sais pas. J’attends qu’elle fasse quelque chose de miraculeux.

Je regarde l’ombre de la bougie, elle semble sereine et dehors le vent fait toujours trembler la fenêtre en bois.

Même si l’image ne bouge pas, je sais que lorsque je tournerais le dos, elle me fera un signe, elle me murmurera que tout ira bien. Je sais très bien qu’elle ne bouge pas parce qu’elle m’écoute attentivement, elle ne veut pas troubler ma prière.

Je me lève, mes doigts caressent l’image, et je traverse le hall de l’Eglise. Je m’arrête soudainement et je me retourne. L’image est toujours à sa place, immobile, sereine. Mes pas continuent leurs marches vers la sortie, je ferme la porte avant de m’en aller.

Le vent s’arrête, la fenêtre reste ouverte, je jette un dernier coup d’oeil vers l’intérieur, l’image n’est plus là. Je m’approche encore plus de la fenêtre, je vois bien le cadre, mais sans l’image. Je suis pétrifiée.

Je ressens une chaleur près de mon visage. Je retourne discrètement, je Te vois, une cape noire, une bougie à la main. L’image est devenue humaine. Je retiens désormais mon souffle, mes yeux deviennent humides, mes mains toujours accrochées à la fenêtre.

Tu poses la bougie sur le bord, Tu me tends les bras en me disant : ” J’ai entendu tes paroles, j’ai tout entendu, depuis le début, depuis longtemps. N’aie pas peur. Viens avec moi, j’aimerais entendre plus et j’aimerais te raconter à mon tour de tout. N’aie pas peur, aucune prière ne pars en vain, aucune prière venant du coeur ne passe sans faire vibrer les cieux.”

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Un film, une vie

J’avais bien observer la couleur du ciel ce jour là, je l’avais même prise en photo. C’était un ciel comme les autres, d’un bleu clair sans nuage, d’un bleu d’été parfait.

Certains jours ne sont pas assez longs, et d’autres pas assez courts. Il existe des moments qui nous manquent à l’instant même, des moments que la mémoire efface avec le temps, qui efface tout sauf l’initial.

On se souvient d’une voix, d’un café, d’une petite rue, des lumières provenant d’une église. On se souvient du son d’un véhicule, d’un rire provenant de je ne sais où, de certaines détails qu’on ne peut traduire par les mots.

Mais on se souvient, et cela fait du bien. Parfois, c’est une malédiction, parfois c’est une bénédiction.

On se souvient des premiers moments et on s’attache aux derniers. Avec le temps, on ne retient que l’essentiel des images et on prend avec nous tout ce qui reste des sentiments.

On ne vit qu’une fois, certains moments nous définissent. Ils définissent nos choix, notre entité, nos rêves. Ils nous définissent. En racontant le film de notre vie, on a intérêt à être ému, heureux, stupéfait et même un tout petit peu triste de ne pas pouvoir revivre certains moments en boucle.

On a qu’un seul film, c’est notre vie. On a qu’une chance d’écrire notre histoire et une seule et unique chance de la vivre jusqu’au bout.

Mon film je l’aime bien, et j’aime bien ceux qui en font partie. J’aime bien les quelques bouts d’images que j’ai en tête et j’aime bien comment je me nois dans les sentiments que j’ai ressenti tout au long de mes souvenirs.

 

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Certains soirs d’été

Il existe certains soirs d’été où l’on vit plusieurs vies, où l’on oublie la galaxie et les étoiles, car on prend leurs places. Je pense que l’on vit au moins une fois dans la vie ces rares moments, et dès fois on les attend plus que tout.

Il existe des soirs, où je suis déboussolée, en même temps, exactement où je voudrais être.

Il existe des soirs où je n’entends plus le chant des vagues car je suis au beau milieu de ma cité, une cité qui a un coeur, un coeur qui bat.

Je me retrouve aussi oubliée par le temps, c’est ce que j’aime le plus, le temps continue, et je continue à ma façon, je me cache, il ne me voit pas, il m’oublie sur le trottoir, riant, la tête sur le coeur de la cité, je n’entends que ce battement et mon rire, et j’oublie même les gens assis sur les terrasses de la ville.

Il existe des soirs, où je me préoccupe des moindres détails, où j’essaie de repérer toutes les petites choses qui constituent un beau moment. La tenue que je porte, ce que  j’ai mangé au déjeuner, la couleur du ciel de cette nuit, le mouvement de sa tête en riant et la brise pas comme les autres qui caresse mes épaules.

Certains soirs d’été où je pense que la lune illumine le ciel juste pour nous voir sourire. Et je me moque à penser ainsi, car je sais, que dans tous les cas, elle serait là haut.

Il existe des soirs où je sors de ma coquille et je préfère marcher dans ces petites rues, écouter la musique jaillir des pubs et des bars, ne pas se fondre dans aucune d’entres elles, mais courir et les capter toutes sur mon chemin.

Il existe des soirs où j’oublie tous ce que j’ai vécu, je regarde le ciel et je sais qu’Il m’a écouté à chaque prière. Je regarde le ciel, et je dis merci.

Il existe des soirs où je ne peux pas dormir. Le battement de coeur de ma cité dans mes oreilles, je ne peux pas fermer les yeux et je ne le veux pas. Car certains soirs d’été sont trop précieux pour dormir. Les révèrbères sont toujours allumés, et nous, pourquoi s’éteindre?

Je resterais debout jusqu’au dernier révèrbère allumé, les étoiles s’éteignent plus tôt, je ne les suivrais pas cette fois. Je resterais là, sur le trottoir, ma tête sur le coeur de la ville, me promettant un autre soir d’été, bientôt, un autre soir, où je pourrais m’échapper des aiguilles du temps et t’emporter avec moi.

 

 

 

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Shine

J’attendais dans le café “Shine” au coin de la rue. Je m’étais trouvé une place à la fenêtre et je l’attendais. Rien de mieux qu’un chocolat chaud et un muffin pour commencer la journée.

De mon repère, je voyais les SDF s’alignant sur les trottoirs. “Aidez-moi s’il vous plait” était écrit sur une pancarte, “j’ai faim” sur une autre.  Un d’entre eux avait un chien de compagnie pour attirer la pitié des gens. Quel drôle de monde…

Les passants pressaient le pas pour arriver à temps à leurs boulots, des collégiens marchaient côte à côte, les yeux rivés sur leurs écrans. Aucune parole entre eux, chacun souriait seul, virtuellement.

Il était 8h30 environ, elle devait arriver à n’omporte quel instant. Je lui avais envoyé un texto pour la prévenir de mon arrivée au café. Elle n’avait toujours pas répondu. En fait, j’étais surpris du fait qu’elle ait accepté de me voir surtout après la dernière fois. Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne le méritais pas.

Le monde était injuste et je le savais. Car, en fait, tout au fond de moi, je savais que je contribuais à cette injustice à ma façon.

La pluie commençait à s’acharner, les SDF se réfugiaient dans les stations de métros. Les passants disparaissaient dans les taxis et moi, je l’attendais dérrière la vitre humide.

Mon chocolat chaud n’était plus aussi chaud et j’avais déjà entamé la moitié de mon muffin. Elle n’était toujours pas venue…

Je lui envoyai un autre texto. Toujours rien de sa part.

Les aiguilles de ma montre se posaient sur le 10, mon muffin avait disparu, mon chocolat était devenu glacial. Je décidais donc de partir. Elle ne voulait pas venir, elle ne voulait pas me voir.

Si elle savait, si je lui avais fait savoir… L’injustice à qui je contribuais à ma façon aujourd’hui, m’avait un de ces jours condamné à sa façon, elle même. Cela n’expliquait pas mon comportement, mais si seulement elle le savait.

Je poussai la porte du café, m’apprêtai à ouvrir mon parapluie, lorsqu’une silhouette se figea devant moi.Les cheveux mouillés par la pluie, les yeux humides, le teint lumineux malgré la pâleur de ce jour… Elle était à la porte de “Shine”.

Elle savait que j’étais comme un SDF à la recherche d’un abri, que j’étais un passant courant sur les trottoirs de la métropole. Ce qu’elle ne savait pas, c’était qu’elle était la rue et sa vie, et que j’étais le petit café qui y habitait.

Ses yeux disaient qu’elle était aussi à la recherche d’un abri lors des jours de pluie. Je ne lui avais jamais dit que je pouvais l’être. C’était ce genre d’injustice que je causais.

Elle le saura peut- être un jour, peut-être qu’un jour elle le saura.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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